Rencontre inter religieuse

On parle de notre rencontre dans la presse et sur le Web:

Tout un article de notre rencontre sur le site de l’exécutif des musulmans de Belgique…

https://www.embnet.be/fr/rencontre-interreligieuse-braine-lalleud-0

Article du vicariat:

https://www.bwcatho.be/pretre-imam-et-rabbin,3278.html

Texte de Anne Chattaway, animatrice pastorale à l’église St Joseph – Waterloo

Un Rabbin, un Imam, un Prêtre…
Le dialogue interreligieux déplace décidément les foules ! Le 14 janvier dernier, plus de 350 personnes ont rempli l’église St Sébastien qui avait trouvé, une manière pour le moins originale de fêter ses 50 ans d’existence.

A l’initiative du Père Fadi Iskandar et de son EAP, le grand Rabbin Albert Guigui, de la grande synagogue de Bruxelles, Hussein Ben Abderahmane, alias Abou Youssouf, Imam de la mosquée Al Azhar de Saint-Josse-ten-Noode et le Père Charles Delhez, jésuite, écrivain, Curé de la paroisse Saints-Marie-et-Joseph de Blocry (LLN) se sont retrouvés autour d’une table pour discuter de cette difficile problématique.

Une question du Père Fadi portait sur la présence de la violence dans les religions et les textes sacrés.

Pour Albert Guigui, cette soirée fait signe que les religions sont des lieux de rencontre et de dialogue, et que, si dans l’esprit des personnes, la religion est synonyme de violence, le Judaïsme prescrit, lui, l’amour du prochain comme soi-même. Le frein à cette violence est, entre autres, l’interprétation des textes. La fameuse loi du talion, elle-même, peut signifier que l’on doit indemniser la victime à hauteur du dommage commis sur le plan physique, économique et psychologique.
L’imam, Abou Youssouf déplore, quant à lui, l’instrumentalisation de la religion par la politique. Dès 1928, les Frères Musulmans ont utilisé la religion à des fins totalitaires. Le salafisme et le wahhabisme ont imposé une lecture légaliste et littérale du Coran, source de violence. Il faut revenir à « la métaphore », alias l’interprétation de ces textes écrits il y a plus de 1000 ans dans des contextes très guerriers. Oui, il est possible d’interpréter le Coran. Par ailleurs, disait-il, la plupart des pays musulmans n’ont pas de société civile : il faut choisir entre militaires et chefs islamistes souvent plus proches du peuple. Le choix se porte sur ces
derniers. Ces états souffrent d’un retard de sécularisation et les imams qui viennent ici prêcher dans les mosquées sont en déphasage : ils importent et diffusent une culture qui n’est pas celle des pays occidentaux. L’enjeu, pour les musulmans occidentaux est de s’adapter à la culture
rationnelle et laïque de nos pays. Il insiste sur la responsabilité de ceux qui prêchent : les paroles comptent…
Pour Charles Delhez, cette soirée est en elle-même un signe d’une volonté concrète de « Vivre Ensemble ». L’homme est naturellement violent par instinct de survie. Mais la violence instrumentalise tout ce qu’elle touche et on ne peut être spirituel quand on met de la violence dans les religions, elles-mêmes chemins de sortie de la violence : le Christ est non-violent. Par ailleurs, la sécularisation ne doit pas mener à une perte de Dieu à cause, chez nous, d’un matérialisme exacerbé. Itte Hillesum disait : « Commence par cultiver ton lopin de paix en toi-même ». Le soufisme, persécuté par les salafistes, prône le travail sur soi et l’amour du prochain. Il faut revenir à cette spiritualité. Enfin, restons libres par rapport à notre religion et à ses dérives.
Au-delà de la tolérance qui ne fait que « tolérer » son voisin, parlons de droit à la différence, et d’intégration, d’un « Construire ensemble » nous dit Albert Guigui. L’imam, chaudement applaudi, a dit combien il souhaitait que Chrétiens, Yezidis, Juifs puissent revivre un jour
ensemble au Proche-Orient. Et Charles Delhez de conclure, entre autres : L’Esprit souffle où il veut et un jour viendra où l’on adorera en esprit et en vérité… Liberté divine !